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Ariane Blier-Langdeau

 

Étudiante 2è cycle

Département de phytologie, Université Laval

Pavillon Paul-Comtois
2425 rue de l'Agriculture
Université Laval
Québec
Québec, Canada
G1V 0A6

418.656.2131 poste 6340
ariane.blier-langdeau.1@ulaval.ca

 

 


 
 
 

Projet de recherche

Réponse au feu d'une tourbière restaurée et de ses communautés végétales

L’est du Canada est l’un des plus grands producteurs mondial de tourbe horticole et cette industrie génère des millions de dollars par année. L’extraction de la tourbe se fait généralement par la méthode par aspiration qui laisse derrière elle un milieu très sec et difficile pour le retour de la végétation. C’est pourquoi il est nécessaire de faire une restauration active. Le Groupe de Recherche en Écologie des Tourbières (GRET) a développé une technique efficace de restauration des tourbières ombrotrophes (type de tourbière apprécié pour l’extraction de la tourbe) dite la technique du transfert de mousses. Cette technique consiste en le remouillage et le reprofilage du terrain, la réintroduction de matériel végétal et de diaspores provenant d’un site donneur, le recouvrement de ce matériel par de la paille et de la fertilisation.
La récolte par aspiration nécessite le drainage et l’assèchement du terrain et amène la formation de piles de tourbe dont le centre peut devenir très chaud et s’auto-enflammer. Cela rend le milieu sujet aux incendies. Bien que l’industrie aie développé des méthodes de contrôles de la combustion des piles de tourbe et de contrôle des risques et de la propagation du feu, il arrive encore qu’un feu se déclare et se propage dans une tourbière en extraction. Puisque les sites restaurés voisinent sont souvent les sites en extraction, ils sont soumis au même risque d’incendie. C’est pourquoi il est pertinent de s’interroger sur la résilience au feu des tourbières restaurées. Le problème est qu’il est rare de mettre le feu à un milieu qu’on a mis temps et ressources à restaurer simplement pour voir comment y réagira la végétation. Ainsi, les études portant sur la réponse au feu d’un milieu restauré sont très rares.
Ce projet de maîtrise fait suite à un feu qui s’est déclenché dans une tourbière en extraction près de Rivière-du-Loup lors de l’automne 2014 et qui s’est propagé dans des secteurs naturels (non touchés par l’extraction) et dans un secteur restauré en 2005 par la méthode du transfert de mousse. Cela offre une des rares opportunités d’observer la réponse au feu de la végétation d’une tourbière restaurée. Ce qui est le but principal de cette étude

Trois objectifs ont été définis pour observer cette réponse au feu :

En premier lieu, il s’agit de déterminer si la perte de matériel végétal a pu être récupérée en une saison de croissance. Cela se fera à l’aide d’une récolte de biomasse aérienne et un inventaire du recouvrement végétal par strate et par espèce en début et en fin de saison de croissance. Les deux périodes de temps seront comparées entre elles. Puisque le terrain contient plusieurs communautés végétales et que le feu a laissé sur place des zones de végétation intactes, l’échantillonnage et l’inventaire sont séparés entre brûlé et non brûlé et par communauté végétales. Seules les communautés végétales ayant à la fois une section brûlée et une section non brûlée sont prises en compte. Les données seront analysées à l’aide d’une ANOVA factorielle complètement aléatoire à deux facteur (brûlé et non brûlé) et deux groupes (début et fin de saison de croissance). Ce sera une ANOVA par communauté végétale.
La première hypothèse est qu’une seule saison de croissance ne sera pas suffisante pour une reprise complète de la végétation. On s’attend donc à ce que la biomasse soit plus élevée dans le non brûlé que dans le brûlé à la fois au début et à la fin de la saison de croissance. Il en va de même pour le recouvrement végétal et ceci à la fois en terme de pourcentage de recouvrement et de diversité des espèces tourbicoles et des sphaignes.

Le deuxième objectif est de vérifier si la restauration atteinte par le feu retourne vers une trajectoire végétale semblable à la trajectoire pré-feu. Le GRET utilise des parcelles permanentes pour assurer un suivi dans le temps de la restauration à l’aide d’un inventaire du recouvrement vasculaire et muscinal. Un inventaire semblable sera fait en début et en fin de saison de croissance au sein des parcelles permanentes brûlées. Ainsi, il sera possible de voir à quel point le feu a fait dévier la reprise végétale de la trajectoire qu’elle semblait avoir prise selon les parcelles permanentes et si elle semble retourner vers une trajectoire semblable à la fin de la saison de croissance. Pour ce faire, les droites de régression entre la trajectoire qu’il y avait sans le feu, celle qu’il y a en début de saison de croissance après feu et en fin de saison de croissance après feu seront comparées.
La deuxième hypothèse prétend que la déviation de la trajectoire sera corrigée à la fin de la saison de croissance. C’est-à-dire que la trajectoire de fin de saison de croissance sera plus proche de la trajectoire de reprise végétale prévue s’il n’y aurait pas eu de feu que celle du début de la saison de croissance. Ceci puisque le feu a laissé sur place une partie de la végétation et des propagules intacte pour orienter la reprise végétale dans le bon sens.

Le dernier objectif concerne la comparaison de la reprise végétale entre le secteur naturel et le secteur brûlé. Comme ce sont deux secteurs plutôt disparates, seules les buttes de sphaigne brûlées, que l’on retrouve dans les deux secteurs, seront utilisées. Le recouvrement vasculaire et muscinal des buttes sera comparé en terme de pourcentage de recouvrement vasculaire et végétal, du nombre de tiges vasculaires, du nombre de capitules de sphaigne et de Polytrichum strictum ainsi qu’en terme de diversité d’espèces vasculaires et muscinales. Pour analyser ces résulta, une ANOVA à un facteur sera faite.
La dernière hypothèse est que la reprise végétale muscinale et vasculaire des buttes de sphaigne du secteur restauré sera plus élevée en terme de nombre de tiges, de pourcentage de recouvrement et de diversité d’espèces que pour le secteur naturel. En effet, le secteur restauré, plus humide dû au remouillage de la restauration, a brûlé plus partiellement que le secteur naturel, plus sec et plus forestier, qui pour sa part a brûlé presque entièrement et contient donc moins de propagules.

En résumé, ce projet regarde la réponse au feu d’une tourbière restaurée par la méthode du transfert de mousse par une observation de sa reprise végétale après une saison de croissance. Cette étude permet donc de faire une des premières observations de ce genre sur un milieu restauré et qui plus est, de le faire dès la première saison de croissance après la perturbation. Ainsi, elle pourra servir de point de départ pour une étude plus approfondie de la résilience au feu d’une tourbière restaurée le moment venu.

 
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