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suivi de la végétation
    milieux humides
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  Milieux humides  
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Tel que mentionné précédemment, l’Île Bylot possède des habitats d’une rare productivité végétale pour un écosystème arctique. Cette productivité végétale exceptionnelle attire une grande variété d’espèces d’oiseaux, incluant la Grande Oie des neiges.

Eriophorum Scheuchzeri © Gilles Gauthier

À leur arrivée, les oies se nourrissent des parties souterraines de diverses plantes. Plus tard dans l’été, pendant la période d’élevage des jeunes, les familles d’oies préfèrent s’alimenter dans les milieux humides où elles se nourrissent de graminées et de cypéracées.

Au cours des 30 dernières années, la population de la Grande Oie des neiges a beaucoup augmenté. Une des grandes inquiétudes d’une telle explosion de la population est la destruction par le sur-broutement des habitats arctiques utilisés par les oies pendant leur saison de reproduction. En effet, la destruction de grandes étendues de marais par la Petite Oie des neiges a été observée à La Pérouse Bay, sur la côte Ouest de la Baie d’Hudson (Canada). De tels impacts n’ont pas encore été observés à l’Île Bylot. Toutefois, dans le but de pouvoir identifier les premiers signes de détérioration, notre projet suit de près la productivité (quantité de plantes produites) ainsi que les impacts du broutement par les oies sur les milieux humides de l’Île Bylot.

annual exclosure – exclos annuel © Gilles Gauthier

Afin d’étudier la productivité et l’impact du broutement par les oies dans les milieux humides, 36 exclos sont construits, chaque été, dans 3 sites de milieux humides de l’île (Vallée Qarlikturvik, colonie de nidification d’oies, Pointe Dufour). Ces exclos sont faits de broche à poule d’une superficie clôturée de 1 x 1 m et empêchent les oies de brouter la végétation. À la fin de l’été, notre équipe échantillonne la végétation à l’intérieur et à l’extérieur des exclos. La quantité (en grammes) de végétation à l’intérieur de l’exclos (non-broutée) donne la productivité végétale des milieux humides pour l’année de croissance en question. Par comparaison, la différence entre la quantité de végétation à l’intérieur et celle à l’extérieur de l’exclos (non-broutée vs broutée) donne une indication de la proportion de végétation broutée par les oies durant l’été.

 

Résultats

Productivité des milieux humides

La productivité végétale des milieux humides est évaluée en mesurant la quantité de biomasse aérienne (masse de végétation qui croît au-dessus du sol) dans les sites non-broutés. Lorsqu’on évalue la productivité végétale de l’Île Bylot, les plantes sont divisées en trois grands groupes : Eriophorum (linaigrette, la plante préférée des oies), Dupontia (une autre plante aimée des oies) et l’ensemble des graminoïdes (les deux groupes précédents et toutes les autres plantes graminées). Les plantes herbacées sont également pesées, mais elles ne sont pas considérées puisqu’elles ne représentent qu’une partie minime de la productivité végétale des milieux humides.

La productivité de chacun des groupes varie d’une année à l’autre et elle est influencée par les fluctuations des conditions environnementales. De 1990 à 2007, la biomasse aérienne des graminoïdes a été en moyenne de 45 g/m² (grammes par mètre carré) dans la Vallée Qarlikturvik (principale site d’élevage des jeunes oies). Dupontia représente 62% de cette biomasse avec une moyenne de 28 g/m² alors qu’Eriophorum produit en moyenne 14 g/m² (31% de la biomasse totale).

Depuis 1990, les biomasses de l’ensemble des graminoïdes, d’Eriophorum et de Dupontia ont augmenté dans la Vallée Qarlikturvik. En effet, depuis 1998, la productivité végétale a été généralement plus élevée que la moyenne à long terme.

Eriophorum Scheuchzeri and/et Dupontia Fisheri © Marie Claire Bédard

En ne considérant uniquement que la période de 1998 à 2007, la biomasse aérienne moyenne des graminoïdes était de 54 g/m² dans la Vallée Qarlikturvik. Étant donné que le suivi des sites de la colonie de nidification et Pointe Dufour n’a débuté qu’en 1998, cette valeur servira pour comparer la productivité de la Vallée Qarlikturvik avec les deux autres sites d’étude.

La productivité végétale de la colonie de nidification est plus faible que celle observée dans la Vallée Qarlikturvik (1998 à 2007; 32 g/m² de biomasse aérienne de graminoïdes). Dupontia représente la majorité de cette biomasse (56%) avec une moyenne de 18 g/m² alors qu’Eriophorum produit en moyenne 12 g/m² (38% de la biomasse totale). Aucune tendance temporelle n’a été détectée pour le site de la colonie de nidification. Par contre, il est important de noter que 1999, 2001 eet 2007 ont été des années de bonne productivité végétale à ce site d’étude.

De 1998 à 2006, la productivité végétale de Pointe Dufour (un autre site pour l’élevage des jeunes oies) a été similaire à celle de la Vallée Qarlikturvik. La biomasse aérienne moyenne des graminoïdes a été de 50 g/m². À Pointe Dufour, Dupontia a produit en moyenne 23 g/m² de biomasse aérienne et Eriophorum 13 g/m², ce qui représente respectivement 46% et 26% de la biomasse totale de graminoïdes. Comme se fut le cas pour le site dans la colonie de nidification d’oies, aucune tendance temporelle n’a été détectée à Pointe Dufour.

 

Impacts du broutement fait par les oies

À l’Île Bylot, l’impact du broutement par les oies est calculé comme étant la proportion de masse végétale aérienne consommée par les Grandes Oies des neiges. Cet impact varie d’une année à l’autre et est influencé par le nombre d’Oies des neiges nichant sur l’île. Pour la période de 1990 à 2007, les Grandes Oies des neiges ont consommé annuellement en moyenne 35% de la biomasse aérienne des milieux humides de la Vallée Qarlikturvik. De 1998 à 2007, période pour laquelle on peut comparer les trois sites d’étude, l’impact des oies a été plus faible. Elles ont consommé en moyenne 30% de la biomasse aérienne produite annuellement par les milieux humides de la vallée. L’année où l’impact des oies a été le plus marquée est 1993, où 60% de la biomasse aérienne a été broutée dans la Vallée Qarlikturvik. Cette année correspond d’ailleurs à un pic dans la population de Grande Oie des neiges à l’Île Bylot.

 

Dans la colonie principale de nidification, les oies ont brouté en moyenne 29% de la biomasse aérienne totale de graminoïdes (données de 1998 à 2007). Ceci représente un impact de broutement légèrement plus faible que celui observé dans la Vallée Qarlikturvik pour la même période. Dans la colonie, 2000 a été l’année où l’impact a été le plus faible.

 

À Pointe Dufour, l’impact du broutement a été plus faible que celui observé aux deux autres sites, soit 25% de la biomasse des graminoïdes broutée par les oies (période 1998 à 2007).