English | wk4tg5 | Contact | Plan du site  
 
 
INTROSITE D'ÉTUDECLIMATSUIVI ÉCOLOGIQUESavoir inuitRESPONSABLES DU PROJETPARTENAIRESPUBLICATIONSLISTES D'ESPÈCES PHOTOS





espèces animales

  Introduction  
  Grande Oie des neiges  
  Renard arctique  
  Lemmings  
  Harfang des neiges  
  Bruant lapon  
  Limicoles  
  Arthropodes terrestres  
 
LIMICOLES

Les limicoles sont généralement observés sur les rives des océans, des lacs et des milieux humides. Pendant leur migration, on les retrouve souvent en train de s’alimenter en gros groupes dans les vasières côtières ou en volées de plusieurs milliers décrivant diverses formes fluides dans le ciel au-dessus de l’eau. En effet, on retrouve rarement les limicoles à l’intérieur des terres, à moins d’être assez chanceux et les suivre jusqu’à leurs sites de nidification dans l’Arctique. Plus de 50 espèces de limicoles nichent dans les régions arctiques partout à travers le monde.

À l’Île Bylot, les 3 espèces de limicoles les plus abondants pendant la nidification sont le Bécasseau de Baird (Calidris bairdii), le Bécasseau à croupion blanc (Calidris fuscicollis) et le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica). D’autres espèces nichent également sur l’Île Bylot depuis 2005, tel le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Bécasseau à poitrine cendrée (Calidris melanotos), le Phalarope à bec large (Phalaropus fulicaria), le Pluvier grand-gravelot (Charadrius hiaticula) et le Tournepierre à collier (Arenaria interpre). Par contre, d’autres espèces sont également observes à l’Île Bylot. Pour une liste complete des nicheurs potentiels, jetez un coup d’œil à notre liste d’espèces d’oiseaux .

© Laura McKinnon

MIGRATION

De tous les organismes migratoires, les limicoles possèdent l’une des stratégies migratoires les plus impressionnantes. Par exemple, les Bécasseaux de Baird et à croupion blanc couvrent une distance de 15,000 km pour migrer de leurs sites d’hivernage sur la pointe sud de l’Amérique du Sud jusqu’à leurs sites de reproduction dans l’Arctique canadien. À la fin de la saison de reproduction, lorsque les jeunes sont assez grands (vers la fin juillet jusqu’au début août), les adultes et les jeunes migrent vers le sud, soit en passant à l’intérieur du continent ou en longeant la côte est du Canada et des États-Unis. Les oiseaux choisissant de voyager à l’intérieur du continent arrêtent généralement pour se reposer plusieurs jours sur des sites de milieux humides comme à Cheyenne Bottoms au Kansas (une des plus importantes haltes migratoires de limicoles à l’intérieur des États-Unis) de la fin août au début octobre. Ceux voyageant le long de la côte s’arrêtent pour reprendre des forces dans la Baie de Fundy au Canada et/ou à Delaware Bay aux États-Unis (haltes migratoires ayant les plus fortes concentrations de limicoles migrateurs en Amérique du Nord). À partir de ces haltes migratoires, les limicoles continuent leur voyage plus au sud, en arrêtant pour manger si nécessaire, jusqu’à ce qu’ils atteignent leurs sites d’hivernage. Ce long voyage peut prendre de 5 semaines à 2 mois. Le plus important site d’hivernage des Bécasseaux à croupion blanc est Tierra del Fuego, où des milliers d’oiseaux peuvent être aperçu en train de s’alimenter le long de la côte du mois de novembre au mois de mars.

STATUT DES POPULATIONS

Les limicoles font présentement l’objet d’une inquiétude en terme de gestion de populations puisque qu’un déclin a été observé dans la taille de population de plusieurs espèces. Les raisons de ses déclins n’ont pas encore été confirmées, mais ils sont vraisemblablement reliés à la perte et/ou à la dégradation des habitats de leurs haltes migratoires et de leurs sites d’hivernage ainsi qu’aux changements qui surviennent sur leurs sites de reproduction suite à des changements climatiques. Des recherches écologiques axées sur la faune arctique non-chassée, tel les limicoles sont rares. En récoltant des informations détaillées sur les paramètres écologiques de base des limicoles, notre recherche apporte des données qui sont essentielles afin de déterminer si les déclins actuels sont associés à des changements dans le succès reproducteur des oiseaux sur leurs sites de reproduction.

ÎLE BYLOT  

L’Île Bylot offre une belle opportunité pour étudier les facteurs qui influencent le succès reproducteur des limicoles. Les vallées glacières de l’île possèdent d’excellents habitats pour ces oiseaux grâce à des milieux humides et une toundra mésique hautement productives. Les limicoles arrivent généralement dans la Vallée Qarlikturvik vers la fin mai et le début juin, lorsque les premières zones de toundra dégagés de neige apparaissent dans la vallée. Les premières espèces à être observé sont souvent les Bécasseaux de Baird et les Pluviers bronzés. Quelques jours plus tard, nous pouvons voir arriver les Bécasseaux à croupion blanc. Dès leur arrivée, la majorité des oiseaux s’empressent de se nourrir afin de regagner les réserves corporelles qu’ils ont perdues au cours de leur longue migration. En début de saison, les ressources alimentaires peuvent être limitant pour la reproduction des limicoles. La disponibilité de la nourriture peut être faible étant donné que la toundra est encore gelée et plusieurs sites sont encore sous un couvert de neige. En reconstruisant leurs réserves, les limicoles doivent également chercher et défendre leur partenaire, leur nid et leur territoire d’alimentation. Les limicoles pondent généralement 4 œufs qui écloront 21 jours plus tard chez les bécasseaux et 25 jours plus tard chez les pluviers. La période de ponte est importante car les limicoles doivent synchroniser la période d’éclosion de leurs œufs avec le pic d’abondance des ressources alimentaires afin que leurs jeunes puissent avoir accès à une nourriture abondante (pour plus d’information, voir la page sur les insectes).

Bécasseau à poitrine cendrée © Laura McKinnon

Malgré que le moment propice à l’éclosion est critique pour la croissance et la survie des jeunes, il est encore plus important pour les limicoles de s’assurer de la survie de leur nid jusqu’à l’éclosion. La prédation des nids est une source importante de mortalité chez les limicoles. À l’Île Bylot, nos données indiquent que le Renard arctique est le principal prédateur des nids de limicoles. Les œufs de limicoles représentent une source alternative de nourriture pour le Renard arctique , dont la proie principale sont les petits mammifères (i.e. lemmings). Comme c’est le cas pour les œufs de la Grande Oie des neiges , le taux de prédation des œufs de limicoles est plus élevé quand l’abondance des lemmings est plus faible. Toutefois, quand les lemmings sont abondants, ils deviennent la proie préférée du Renard arctique et les limicoles subissent une pression de prédation réduite et un succès de nidification plus élevé. À d’autres sites d’étude dans l’Arctiques, le lien existant entre le succès de reproduction des limicoles et les cycles d’abondance des lemmings est connu. Toutefois, cette relation n’est pas encore confirmée pour les populations nord-américaines.

jeunes Bécasseaux à croupion blanc, © Laura McKinnon

Ayant été initié en 2005, l’étude des limicoles est un ajout récent au programme de suivi écologique de l’Île Bylot. Les buts de ce projet sont principalement l’étude des effets du climat, de la disponibilité de la nourriture et les interactions trophiques (i.e. prédation par le Renard arctique et des prédateurs aviaires) sur la distribution, le succès reproducteur et la dynamique des populations.

Nos objectifs spécifiques sont de :

  1. Suivre les nids de limicoles et enregistrer leur succès de nidification ainsi que les dates de reproduction ;
  2. Enregistrer des évènements de prédation à l’aide d’un système de caméra afin d’identifier les prédateurs ;
  3. Échantillonner les insectes afin de comparer les dates de nidification des limicoles et la disponibilité des insectes
Bécasseaux à croupion blanc sur un nid © Laura McKinnon
caméra ‘Silent’ © Laura McKinnon
piège Malaise © Laura McKinnon

Afin d’atteindre ces objectifs, un recensement et un suivi intensifs de nids sont effectués à tous les étés. En ramassant des données sur la phénologie et le succès de reproduction des limicoles, l’abondance saisonnière des insectes, la pression de prédation (estimée à partir de vrais nids et des nids artificiels), l’abondance des proies alternatives (lemmings et oies) et les variables climatiques locales, nous espérons pouvoir quantifier l’importance relative de différents facteurs environnementaux pouvant affecter le succès de reproduction des limicoles à l’Île Bylot.

Dans le but de pouvoir étudier le succès reproducteur des mêmes individus pendant plusieurs années, un échantillon de limicoles ont été marqués avec une combinaison unique des bagues de couleur en plastique. Ce programme de baguage de limicoles nous permettra éventuellement d’estimer la survie annuelle des limicoles de l’Île Bylot. Il nous sera également possible de ré-observer ces individus durant leur migration ou sur leurs sites d’hivernage.

Bécasseaux à croupion blanc avec ses jeunes © Laura McKinnon
Bécasseaux à croupion blanc © Laura McKinnon

RÉSULTATS

Succès de nidification

Le succès de nidification (proportion de nids où au moins 1 œuf éclos dans le nid) varie grandement d’une année à l’autre (1% à 80%). Ce succès semble plus élevé les années où lemmings sont plus abondant (i.e. 2007). Toutefois, cette tendance est seulement évidente pour les Bécasseaux de Baird et à croupion blanc.

Prédateurs de nids

Tous les évènements de prédation ayant été enregistrés aux nids de limicoles pendant l’été 2006 et 2007 ont été l’œuvre du Renard arctique. Ces photos ont été prises avec des caméras ‘Silent Image’ de la compagnie Reconyx.

Renard arctique à un nid de limicoles © Laura McKinnon
Renard arctique à un nid artificiel © Laura McKinnon

Période de reproduction

Date de ponte

Les Bécasseaux de Baird sont parmi les premiers arrivés et à initier (ponte du 1er œuf) leurs nids, suivis par les Bécasseaux à croupion blanc et les Pluviers bronzés. Tous les nids ont été initiés à l’intérieur d’une période de deux semaines (du 10 au 22 juin). En 2007, les oiseaux sont arrivés plus tard que d’habitude ce qui a retardé le début de la ponte des œufs comparativement aux années précédentes.

Date d’éclosion

Les nids éclosent dans un intervalle de 2 semaines entre le 4 et le 20 juillet. Les dates d’éclosion étaient synchronisées avec les pics d’abondance d’arthropodes en 2005 (14 juillet) et 2006 (12 juillet).