English | wk4tg5 | Contact | Plan du site  
 
 
INTROSITE D'ÉTUDECLIMATSUIVI ÉCOLOGIQUESavoir inuitRESPONSABLES DU PROJETPARTENAIRESPUBLICATIONSLISTES D'ESPÈCES PHOTOS





espèces animales
     
  Introduction  
  Grande Oie des neiges  
  Renard arctique  
  Lemmings  
  Harfang des neiges  
  Bruant lapon  
  Limicoles  
  Arthropodes terrestres  
 

Lemming variable et Lemming brun


Deux espèces de lemmings sont présentes sur l’Île Bylot: le Lemming variable (Dicrostonyx groenlandicus) et le Lemming brun (Lemmus sibiricus). On retrouve généralement le Lemming brun dans les milieux humides où il s’alimente de plantes comme les cypéracées et les graminées. À l’opposé, le Lemming variable préfère les habitats plus secs (milieux mésiques) où il s’alimente principalement de plantes herbacées et d’arbustes. Collared Lemming variable © Gilles Gauthier

Ces deux espèces de lemmings jouent des rôles écologiques importants dans l’écosystème de l’Île Bylot. Ils sont les proies principales de plusieurs prédateurs comme le Renard arctique, l’Hermine et le Harfang des neiges. Le Lemming variable et le Lemming brun influencent également la végétation de la toundra en dispersant les graines et en ravageant les plantes par leur broutement intensif.

Une caractéristique particulière de ces deux espèces de lemmings est la nature cyclique de leurs populations. En termes simples, ceci veut dire que les populations de Lemmings bruns et de Lemmings variables passent par des périodes d’abondance très faible à très élevée, selon la disponibilité de la nourriture. Si les conditions sont bonnes, les lemmings peuvent se reproduire et avoir plusieurs portées par année. Ainsi, leur population augmente jusqu’à ce qu’il n’y ait plus suffisamment de plantes pour soutenir l’ensemble des individus de la population. À ce moment, la population décline, la végétation se régénère et le cycle reprend. Sur l’Île Bylot, l’intervalle de temps entre deux pics d’abondance dans la population de lemmings est de 3 à 4 ans.

Étant donné que les lemmings ont d’importants rôles écologiques, les cycles de leurs populations influencent également d’autres espèces (voir les sections Renard arctique et Harfang des neiges). Par conséquent, le projet de suivi environnemental de l’Île Bylot participe à chaque année à un recensement de petits mammifères qui couvre l’ensemble des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Ce recensement est coordonné par le bureau des Ressources Renouvelables du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, à Yellowknife.

Tous les ans depuis 1994, le recensement de lemmings est effectué par trappage, à deux sites d’étude dans la Vallée Qarlikturvik (un dans les milieux humides et l’autre dans les milieux mésiques). Depuis 1997, le recensement se fait également à un troisième site d’étude dans des milieux mésiques situés près de la colonie principale d’oies (voir la section Grande Oie des neiges). À tous les sites, 50 trappes sont appâtées pendant 10 à 11 jours, pour un total de 500 à 550 nuits-piège (50 trappes x 10-11 nuits) par site. L’indice d’abondance de lemmings est calculé à partir du nombre de lemmings capturés par 100 nuits-trappes.

En 2004, un programme de recensement de lemmings utilisant des pièges vivants a été initié à l’Île Bylot. Ce programme permet d’obtenir de l’information sur l’abondance saisonnière et annuelle, l’activité de reproduction et la survie des lemmings. Ceci permet donc d’améliorer nos connaissances sur la dynamique des populations de ces deux espèces de lemmings. Pour ce faire, 2 grilles de trappage de 144 pièges appâtés de pommes sont établies dans la Vallée Qarlikturvik (une en milieu humide et une en milieu plus sec). Ces pièges sont suivis pendant 4 périodes de 5 jours du début Juin jusqu’à la mi-août. Tous les lemmings capturés sont identifiés à l’espèce, sexés, pesés et marqués à l’aide d’une puce électronique (ou examinés pour une telle puce) puis relâchés.

Résultats

Les fluctuations de l’abondance des lemmings (suivi par "snap-trap")

Dans la Vallée Qarlikturvik, nous avons observé que les populations de Lemming bruns et de Lemmings variables sont synchronisées, mais que le cycle du Lemming brun est plus accentué que celui du Lemming variable.

 

Lorsque nous considérons les deux sites (Vallée Qarlikturvik et colonie principale), nous avons remarqué un délai d’un an entre les pics d’abondance de la population en 2000 et en 2004 (Vallée Qarlikturvik) et les pics de 2001 et 2005 (site près de la colonie principale). Il est également intéressant de noter que les années de pic d’abondance suivent habituellement l’année ayant la plus faible abondance suivant le pic précédent. Ainsi, l’abondance augmente rapidement (i.e. en 1 an) alors que le déclin, quoique rapide l’année suivant un pic, n’est complet que 2 ans après le pic.

Dynamique des population (suivi par capture vivante)*

Les résultats de nos étés de terrain de 2004 et 2005 ont montré que la densité des Lemmings bruns est nettement différente entre les deux années alors que celle des Lemmings variables reste relativement constante. Pour les Lemmings bruns, 2004 était une année de pic d’abondance alors que 2005 était une phase de déclin dans leur cycle.

La proportion de Lemmings bruns juvéniles dans la population était plus faible durant la phase de déclin (2005) que durant la phase de pic (2004), mais celle des Lemmings variables n’a pas changé entre les deux années. Les proportions de juvéniles des deux espèces ont toutefois augmenté pendant les deux saisons.


Grâce à une relation existant entre la masse corporelle et l’âge des Lemmings bruns capturés au cours des étés 2004 et 2005, il a été possible d’établir la distribution des saisons de naissance de ces individus. Les résultats montrent que durant le pic de 2004 la majorité des Lemmings bruns sont nés pendant l’été alors qu’en 2005 (phase de déclin) la majorité des Lemmings bruns capturés pendant cet été sont nés au courant de l’hiver et du printemps précédents.


* GRUYER, N. 2007. Étude comparative de la démographie de deux espèces de lemmings (Lemmus sibericus et Dicrostonyx groenlandicus), à l’Île Bylot, Nunavut, Canada. Mémoire de maîtrise, Université Laval, Québec, QC, Canada.