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Grande Oie des neiges


La Grande Oie des neiges niche principalement dans l’Est du Haut Arctique canadien, du Nord de l’Île de Baffin au Nord de l’Île Ellesmere. Quelques oiseaux nichent également dans l’Ouest du Groenland. Durant ses migrations, la Grande Oie des neiges suit relativement toujours la même route migratoire.

Snow Goose - Grande Oie des neiges © Gilles Gauthier

À chaque automne, les oies quittent leurs territoires arctiques et migrent vers le sud, volant au dessus du Québec méridional où elles s’arrêtent de 6 à 8 semaines pour rétablir leurs réserves corporelles dans les marais longeant les bords du Fleuve Saint-Laurent.

De l’estuaire du Saint-Laurent, elles entreprennent un vol continu de 900 km vers le sud pour se rendre dans leurs aires d’hivernage, sur la côte Est des États-Unis, du New Jersey à la Caroline du Sud. Au printemps, les oies quittent les aires d’hivernage vers la fin du mois de mars, passent une fois de plus de 6 à 8 semaines dans l’estuaire du Saint-Laurent avant de partir vers leurs aires de reproduction dans le Haut Arctique (3 000 km au nord du Fleuve Saint-Laurent). Les oies quittent l’estuaire du Saint-Laurent entre le 15 et le 25 mai pour arriver sur les aires de reproduction entre la fin mai et le début juin.

 

Comme pour plusieurs autres espèces d’oies, la population de la Grande Oie des neiges a vu sa population augmenter dramatiquement depuis les années 60. Le principal facteur responsable de cette explosion est vraisemblablement l’utilisation accrue des terres agricoles par les oies. En effet, ces terres leur procurent une ressource de nourriture illimitée pendant l’hiver (côte Est des États-Unis) et à leur halte migratoire (le long du Fleuve Saint-Laurent, dans le Sud du Québec). Cette forte augmentation de la population de Grandes Oies des neiges impose un stress énorme sur les habitats arctiques où elles se reproduisent. Afin de remédier à cette situation et pour limiter la taille de la population d’oies, des mesures de gestion pour les saisons de chasse du printemps, de l’automne et de l’hiver ont été élaborées en 1999.

La plus grosse colonie nicheuse de Grandes Oies des neiges du Haut Arctique canadien se trouve sur l’Île Bylot. Cet endroit représente donc un lieu idéal pour effectuer des études sur l’écologie de nidification de l’espèce ainsi que sur son impact sur les différents habitats arctiques. De la fin mai au début juin, des milliers d’oies des neiges migrent vers l’Île Bylot pour se reproduire. Dès leur arrivée, elles se regroupent dans des aires où la végétation est disponible, c’est-à-dire dans les endroits où la neige fond rapidement, soit la face sud des montagnes et le long des ruisseaux. À mesure que la fonte de la neige progresse, les oies se déplacent dans les basses-terres, leurs milieux préférés pour la nidification et l'élevage des jeunes de l’année.

Le nombre d’oies nichant sur l’Île Bylot varie énormément d’une année à l’autre. Les années où le succès de reproduction est élevé, plus de 70 000 adultes peuvent y être observés pendant l’été. Par contre, durant les années à faible succès reproducteur, on peut y voir aussi peu que 2000 adultes. Le nombre d’oies observées sur l’île, à l’été, dépend des conditions climatiques du printemps et du succès de reproduction. Les oies ne peuvent construire leur nid tant et aussi longtemps que les sites de nidification sont recouverts de neige. Ainsi, lorsque la fonte de la neige est retardée, plusieurs oies évitent de nicher puisqu’elles risquent de ne pas avoir suffisamment de temps pour compléter leur reproduction avant l’arrivée du gel à l’automne. De plus, parmi les oies qui ont niché, plusieurs peuvent perdre leur nid dû aux prédateurs d’œufs et ne nicheront pas à nouveau au cours du même été. Plus de 90% des oies qui sont incapables de se reproduire, ou qui ont échoué durant la reproduction, quittent l’île Bylot au début de l’été pour d’autres régions arctiques. Cette courte migration estivale s’explique par le fait que comme chez plusieurs espèces de sauvagine, les oies muent (perdent et remplacent) toutes leurs plumes de vol simultanément à chaque été, ce qui les rend incapables de voler et donc très vulnérables aux prédateurs. Ainsi, les oies qui ont évité de nicher, ou qui ont échoué la reproduction, quittent l’île pour des aires de mue leur procurant une meilleure protection contre les prédateurs, contrairement aux oies parentales qui restent avec leurs jeunes et muent à l’Île Bylot.

La distribution de l’Oie des neiges sur Bylot, varie au courant de l’été. Pendant la période de nidification, de juin au début juillet, les oies sont concentrées dans une région de 20 km² à quelques kilomètres au nord de Pointe Dufour, près de la côte. Dans cette colonie, la densité de nids est élevée et on y retrouve en moyenne plus de 400 nids par kilomètre carré. Les années où l’effort de reproduction (nombre d’oies qui se reproduisent) est élevé, la colonie principale s’agrandie et d’autres aires de nidification à densité moins élevées sont également utilisées, ailleurs sur l’île. Après l’éclosion, plusieurs familles quittent la colonie et se dispersent un peu partout sur l’île, préférant les régions où les milieux humides sont importants. Ces sites offrent, en grande quantité, les plantes préférées par les jeunes oies ainsi que plusieurs étangs servant de refuge pour les familles, en cas d’attaques par des prédateurs. Les familles peuvent voyager plus de 50 kilomètres en quelques jours pour atteindre une région adéquate pour l’élevage des jeunes. Vers la fin de l’été, plusieurs familles se déplacent vers les milieux mésiques et parfois même sur des collines, en haute altitude. Ces mouvements sont expliqués par la combinaison du manque de nourriture dans les milieux humides et par l’abondance de fruits dans les milieux mésiques à ce moment de l’été.

Afin de suivre le nombre et la distribution d’Oies des neiges sur l’Île Bylot, des recensements aériens ont été effectués à tous les 5 ans entre 1983 et 2008, pendant la période d’élevage des oisons. En plus de fournir le nombre et la distribution des oies sur l’île, ces recensements permettent également de connaître l’âge (adulte ou jeune), le statut reproducteur (reproducteur ou non-reproducteur) et le type d’habitat utilisé par les oies.

La reproduction est l’activité la plus importante des oies pendant l’été. Cette dernière est suivie annuellement sur l’Île Bylot par notre équipe de recherche depuis 1989. Les paramètres étudiés sont reliés:

    • à la chronologie de nidification, par exemple, la date à laquelle les oies commencent à pondre (date de ponte) et la date à laquelle les œufs éclosent (date d’éclosion);
    • à une mesure de l’effort de reproduction comme la densité des nids dans la colonie et le nombre d’œufs par nid (taille de ponte);
    • au succès de nidification (une femelle est considérée avoir niché avec succès si au moins un œuf éclos).

geese in banding net - oies dans le filet de baguage © Joël Bêty Le suivi des oies se poursuit tout au long de l’été, quand elles se déplacent vers les aires d’élevage des jeunes. À ces endroits, on effectue la capture et le baguage d’un grand nombre de familles à la fin de l’été. À tous les mois d’août depuis 1990, nous rassemblons plusieurs milliers d’oies dans des filets et tous les oiseaux sont marqués à l’aide d’une petite bague à la patte. Plusieurs femelles sont aussi munies d’un collier de plastique. Le marquage d’individus est très important pour étudier la survie et les mouvements des oiseaux longévifs comme les oies. La prise de mesures morphométriques et du poids des jeunes oies capturées fournissent de l’information sur leur croissance pendant l’été. La production de plantes dans les milieux humides préférés par les familles d’oies est également suivie à chaque année (voir la section Suivi de la végétation).

 

Résultats

Taille de la population et tendances

Les recensements aériens indiquent que le nombre total d’adultes reproducteurs, sur l’Île Bylot, a fortement augmenté de 1983 à 1993. Leur nombre est effectivement passé de 16 600 oies à 55 000 oies (un taux d’accroissement de 12.7% par année) durant cette période. Suite au pic de 1993, le nombre d’adultes reproducteurs a diminué à 37 600 en 1998 et est demeuré stable jusqu’en 2003 (36 900). On note une légère baisse dans le nombre de couples nicheurs lors de l’inventaire de 2008 (29 800). Il est toutefois important de noter que 1993 a été une année record pour la reproduction, ce qui a légèrement accru la taille de la population d’oies par rapport aux années subséquentes.

La même tendance a été observée chez les jeunes oisons. Leur nombre a augmenté de 26 500 en 1983 à 86 500 en 1993, pour ensuite diminuer à 59 100 en 1998 et demeurer stable jusqu’en 2003 (58 000) avec une légère baisse en 2008 (51 400). Le nombre d’adultes non-reproducteurs a généralement suivi la même tendance à l’exception de 1998 où leur nombre a atteint un sommet (23 100 comparativement à 8 900 en 1983), pour ensuite décliner à 10 900 en 2003 et augmenter quelque peu en 2008 (12 800).

 

Distribution et densités des familles

La densité des familles varie selon les années et elle suit les mêmes tendances observées pour la population d’oies. En 1983, lorsque la taille de la population était faible, la densité moyenne des familles (5.2 familles par km²) était plus de trois fois plus faible que celle observée en 1993 (17 familles par km²). De 1983 à 1993, l’augmentation de la densité des familles a été plus importante dans les habitats de faible qualité (surtout les milieux mésiques; de 0.8 famille par km² en 1983 à 12.1 familles par km² en 1993) que pour les habitats de bonne qualité (milieux humides; de 16.4 familles par km² en 1983 à 29.9 familles par km² en 1993).

 

Ainsi, lorsque la population d’Oies des neiges augmente, sa distribution sur l’Île Bylot change également. Quand le nombre de reproducteurs est faible, la distribution des familles est caractérisée par quelques régions de haute et moyenne densités de familles, alors qu’une grande partie de la plaine Sud de l’île supporte une faible densité de familles (ex. 1983 et 1988). Avec une augmentation du nombre de familles, les régions de haute et moyenne densités s’agrandissent considérablement, laissant uniquement une petite région ayant une faible densité de familles (1993 et 1998).

 

Écologie de la reproduction

Date de ponte

Depuis 1989, la date de ponte moyenne de l’Oie blanche à l’Île Bylot a été le 12 juin (minimum : 6 juin, maximum : 20 juin). Les variations inter-annuelles de la date de ponte sont fortement reliées aux conditions climatiques printanières. En effet, la date de ponte est hâtive lorsque la fonte de la neige est rapide. Par contre, elle est tardive quand la neige fond moins rapidement. Nous n’avons pas détecté de tendances temporelles dans les dates de ponte. Toutefois, il est à noter que la ponte a été tardive lors des premières années suivant l’instauration de la chasse de printemps au Québec (1999-2002). Par conséquent, ce facteur pourrait nous empêcher de voir une tendance à long terme qui serait occasionnée par un changement dans les conditions climatiques locales au printemps.

 

Date d'éclosion

La période d’incubation est d’une longueur fixe chez les oiseaux. Pour la Grande Oie des neiges, l’éclosion survient toujours de 23 à 24 jours après que la femelle ait pondu le dernier œuf. Pour chaque nid, l’éclosion est synchronisée et tous les œufs éclosent généralement dans un intervalle de 24 heures. Ainsi, les dates d’éclosion suivent les mêmes tendances que les dates de ponte. Si la femelle pond ses œufs tôt, ces derniers vont également éclore tôt en saison. La date moyenne d’éclosion, sur l’Île Bylot, est le 9 juillet (minimum: 3 juillet, maximum: 15 juillet) et aucune tendance à long terme n’a encore été détectée. Greater Snow Goose goslings - oisons de la Grande Oie des neiges © Anna M. Calvert


 

Densité des nids

Les estimés annuels de la densité de nids d’oies fournissent un indice de l’effort de reproduction. Tel que mentionné précédemment, l’effort de reproduction des oies est largement influencé par les conditions climatiques printanières et ainsi, varie d’une année à l’autre. La densité des nids sur l’Île Bylot est estimée depuis 1994 pour une région de la colonie principale de l’île. La densité moyenne de nids était de 457 par km² (minimum: 42, maximum: 1053) et aucune tendance temporelle n’a été détectée.

 

Taille de ponte

La taille moyenne de ponte de l’Oie des neiges à l’Île Bylot est 3.7 œufs par nid (minimum: 3.1, maximum: 4.4). La taille de ponte influence la longueur de la période de ponte car le temps de ponte entre chaque œuf est d’environ 34 heures. La taille de ponte montre une forte relation négative avec la date de ponte: elle est grande quand les oies pondent tôt mais petite quand la ponte a lieu plus tard dans l’été. La condition physique réduite des femelles, causée par un manque de temps consacré à l’alimentation, de même qu’un été trop court pour élever les couvées expliquent possiblement pourquoi, lors des années tardives, les tailles de ponte sont plus petites. Nous n’avons pas détecté de tendances temporelles dans la taille de ponte. Par contre, comme pour la date de ponte, la taille de ponte était plus petite lors des premières années suivant l’instauration de la chasse de printemps au Québec (1999-2002).

 

Succès de nidification

Le succès de nidification représente la proportion de tous les nids pour lesquels au moins un œuf a éclos. La prédation est la cause principale d’échecs de nidification de l’Oie des neiges à l’Île Bylot. En ordre décroissant d’importance, les principaux prédateurs de Grande Oie des neiges sur l’île sont le Renard arctique, le Labbe parasite, le Goéland bourgmestre et le Grand corbeau. En moyenne, le succès de nidification est de 67%. Par contre, ce paramètre varie considérablement d’une année à l’autre (minimum: 14%, maximum: 90%). Les conditions environnementales et, surtout, la densité de prédateurs, déterminent le succès de nidification. Ce dernier est faible lorsque l’effort de reproduction est réduit due à une fonte de neige tardive. Le succès de nidification tend aussi à montrer des variations périodiques dues aux fluctuations cycliques de l’abondance des lemmings (voir Lemmings). En effet, lorsque les lemmings sont peu nombreux, comme se fut le cas en 1995 et 1999, les prédateurs tels les renards et les labbes volent plusieurs œufs d’oies, ce qui résulte en un succès de reproduction faible. Cet effet est d’ailleurs plus important dans les régions où la densité des nids d’oies est faible, comme les régions plus éloignées de la colonie principale. Nous n’avons pas détecté de tendance à long terme dans le succès de nidification, possiblement à cause des fluctuations périodiques de l’abondance des lemmings.